12 mai 2016, mis à jour le 14 mai 2016

Une salle de consommation à moindre risque ouvrira en octobre à Strasbourg

Une salle de consommation de drogue à moindre risque (SCMR) ouvrira à Strasbourg à l'automne prochain dans le cadre de l'expérimentation des SCMR rendue possible par la loi santé adoptée en décembre, a annoncé la mairie. 

Elle sera installée au sein du Nouvel Hôpital civil, pas directement dans ses murs. Les locaux seront ceux de l’ancien établissement de chirurgie thoracique, aujourd’hui désaffecté. 

SCMR de Strasbourg
SCMR de Strasbourg
Comme Paris, la capitale alsacienne avait demandé à pouvoir expérimenter ce type de salles, réservées aux toxicomanes majeurs qui s'injectent des produits qu'ils apportent eux-mêmes, sous la supervision de personnes qualifiées, avec du matériel stérile. L'ouverture de la salle de Strasbourg est prévue pour mi-octobre. La phase d'expérimentation doit durer 6 ans. 
SCMR de Strasbourg

Ouvert 365 jours par an, 6 heures par jour (six heures par jour, l’après-midi et en début de soirée), l'espace de 300 mètres carrés sera composé de trois lieux différents : un accueil où les toxicomanes seront invités à attendre qu'un des douze postes de consommation soit libre, un espace consommation, et une salle de repos. A l'intérieur, une équipe de sept personnes sera présente en permanence aux heures d'ouverture, il s'agira essentiellement d'infirmiers et de travailleurs sociaux, un vigile sera également là. Le site emploiera 15 équivalents temps plein (ETP). Incités à entrer dans un parcours de soins et de dépistage, les toxicomanes pourront également bénéficier d'un accompagnement vers l'insertion professionnelle (TAPAJ) et auront aussi la possibilité de prendre rendez-vous avec un médecin, un psychiatre ou un psychologue, a expliqué Danièle Bader-Ledit, directrice de l'association Ithaque, à l'origine de l'expérimentation strasbourgeoise, lors d'une conférence de presse organisée par la mairie.

Pour la directrice générale déléguée de l'Agence régionale de Santé (ARS), Marie Fontanel, l'ouverture de la salle est particulièrement bienvenue à Strasbourg, car "la région est très touchée par la consommation d'opiacés". Selon Mme Bader-Ledit, la salle permettra de toucher des personnes qui échappent aujourd'hui à tout dispositif de soins. "Il faudra créer autour (de la salle) un glacis géographique qui reste à déterminer", dans lequel les usagers de la salle seront autorisés à transporter une certaine quantité de drogue, a pour sa part expliqué le procureur de Strasbourg, Michel Senthille. Son ouverture, a-t-il dit, ne donne "pas de blanc-seing" à la consommation et au trafic de stupéfiants. 

L'équipe municipale de Strasbourg s'est réjouie de pouvoir annoncer l'ouverture de la salle avant Paris, elle aussi candidate à l'expérimentation. "Ca montre cette spécificité du consensus, du social et de l'humanisme de Strasbourg qui nous permet d'aborder sereinement un sujet complexe et sensible" a déclaré l'adjoint en charge de la santé, Alexandre Feltz, qui a souligné que lors du vote en conseil municipal, en décembre, ce projet de SCMR avait recueilli plus de 90 % de voix favorables.

« Ces gens qui se droguent, ce sont nos contemporains,

il faut leur apporter de l’aide »*

Le budget de fonctionnement (800 000 à 900 000 euros annuels) sera pris en charge par l’Assurance maladie. L’aménagement est, lui, financé par la Ville de Strasbourg (150 000 euros), l’Agence régionale de Santé (150 000 euros), les hôpitaux de Strasbourg (50 000 euros) et l’Eurodistrcit (50 000 euros).

Le principe de l'expérimentation des salle de consommation à moindre risque figure dans la loi santé adoptée en décembre dernier par le Parlement. L'expérimentation a pu être lancée après la publication d'un arrêté au Journal Officiel fin mars, qui en fixe les modalités. Le 29 mars, le Conseil de Paris a voté l'attribution d'une subvention qui permettra d'ouvrir à l'automne à l'hôpital Lariboisière (Xe arrondissement) la première de ces salles de la capitale. Comme à Strasbourg, elle sera aménagée dans l'enceinte même de l'hôpital.

Source 1 - Source 2 - Source 3

Objectifs :

- Limiter les overdoses

- Réduire les contaminations par les virus du VIH, du VHB et du VHC par la mise à disposition de matériel de prévention...

- Diminuer les risques liés aux pratiques à risque lors de la consommation de substances, notamment par voie intraveineuse

- Contribuer à l'apaisement social

- Permettre un accompagnement des usagers vers l'accès aux droits et aux soins

Fonctionnement :

- Les usagers de drogues devront être majeurs, ils seront accueillis par des professionnels formés.

- L'équipe sera composée d'infirmiers, de travailleurs sociaux, de médecins, d'un psychiatre et d'un psychologue.

- Ouverte 7 jours/7 et 365 jours/an, la SCMR sera situé au sein de l'enceinte des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et béénficirera d'un accès spécifique pour les usagers depuis le quai Menachem Taffel.

- La SCMR sera également ouverte aux usagers de drogues de l'Ortenau Kreis (Allemagne).

- La SCMR est subdivisée en 3 espaces principaux : 1 espace d'accueil ; 1 espace de consommation et 1 espace de repos. Il y aura également des bureaux destinés à des entretiens individuels.

Partenaires : La MILDECA ; La Direction Régionale de la Santé ; La Ville de Strabourg ; L'ARS ACAL ; La Préfecture de Région ; L'Eurodistrict ; Ithaque ; Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ; Le Parquet ; Les services de polices ; L'ensemble des acteurs de soin hospitaliers, médico-sociaux et de la ville assurant l'accompagnement des usagers de drogues

Evaluation : Afin d'évaluer ce dispositif et son impact pour les personnes et l'environnement, une recherche socio-épidémiologique d'une durée de 3 ans sera financée par la MILDECA. Ce programme de recherche "Cosinus" porté par un consortium de chercheurs de l'INSERM (pour Strasbourg : l'unité INSERM des HUS) étudiera l'impact de la SCMR à partir d'une série de critères d'efficacité tels que :

- la réduction des pratiques à risques de transmission du VHC (problème majeur de santé publique dans cette population)

- du VIH et d'autres maladies transmisibles

- l'amélioration de la santé mentale

- l'amélioration de l'insertion socioprofessionnelle et l'accès au logement

- la diminution des actes de délinquance

- l'accès aux soins, etc.

*Danièle Jourdain-Menninger, Présidente de la MILDECA, à l’issue de la première séance de travail du comité de pilotage local.
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