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alainlhostis.net, 08 juin 2009

Une salle de consommation à moindre risque à Paris

Déclaration d’Alain Lhostis et Ian Brossat, Conseillers de Paris, membres du Groupe communiste et des Elus du Parti de Gauche au sujet de la politique de réduction des risques au regard de l’usage des drogues.
 
Plus personne aujourd’hui ne peut nier la pertinence des actions concrètes pour la réduction des risques d’infection par le virus VIH, comme la distribution de seringues par des dispositifs appropriés présents en plusieurs endroits de la ville.
 
Toutefois, les études les plus récentes, notamment celles menées dans les endroits festifs, en relation avec la mission prévention des toxicomanies de la Ville de Paris montrent une recrudescence des infections par le virus de l’hépatite C (VHC). Alors qu’en France, ce virus touche 1% de la population, on constate que, parmi les usagers de drogue 50 à 70 % de ceux-ci qui utilisent la voie injectable sont touchées par le virus de l’hépatite C. On évalue à environ 5 000 personnes par an les nouvelles contaminations dont 70% proviennent des usagers de drogue. Pour l’essentiel, cela résulte de la méconnaissance, par les personnes atteintes, de leur état et des risques de transmission qu’ils ont acquis.
 
L’essentiel repose donc sur des actions de préventions sur ces comportements à risque, comme notamment le partage ou la réutilisation de matériel d’injection, de sniff. Par ailleurs, il faudrait essayer de mieux déterminer les contaminants en les informant, en les dépistant, en leur permettant l’accès aux soins et aux traitements. Un travail particulier de sensibilisation est mené par les associations autour des primo infections à partir desquelles, souvent, le message de prévention n’est pas encore passé auprès des usagers de drogue.
 
Il faut donc agir au niveau de ces primo infections pour essayer de faire adopter des attitudes de sécurisation de ces injections, notamment en s’engageant à la non réutilisation et au non partage de matériel d’injection.
 
Mais la situation est telle que l’on doit prendre de nouvelles mesures.
 
A l’occasion de la journée mondiale des hépatites du 19mai 2008, un ensemble d’associations a décidé d’installer une salle de consommation à moindre risque à Paris.
 
En effet, ces associations attendaient beaucoup des annonces de la politique ministérielle et elles ont été très déçues par le manque de moyens et surtout le manque de volonté politique pour engager des actions concrètes non stigmatisantes.
 
Au contraire, on constate que les usagers de drogues sont à nouveau sujet à la répression, au détriment des politiques de réduction des risques.
 
La présentation de cette salle de consommation à moindre risque ne résultait pas d’une volonté de provocation de la part des associations mais visait à mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités.
 
En effet, ces salles de consommation offrent des avantages, tels que la sécurité des usagers de drogue, la sécurité et la tranquillité pour les habitants des quartiers concernés et représente un outil privilégié pour les professionnels de santé en permettant le contact avec les usagers de drogue qui ont des conduites à risque.
 
Le fort développement de l’hépatite C dans la population présente un grave danger de santé publique et il faut absolument dépasser les préjugés et les réticences.
 
La Ville de Paris qui, depuis 2002, a mis en place une mission de prévention des toxicomanies dont l’action et la compétence sont reconnues par l’ensemble des acteurs se doit à nouveau d’innover.
 
En 2004, répondant à un vœu, l’exécutif municipal avait donné un avis favorable à l’interpellation du ministre de la santé de l’époque en se portant candidate à une expérimentation de ce type de salle ouverte aux consommations à moindre risque.
 
Devant le développement de cette épidémie d’hépatite C, il faut que les pouvoirs publics et l’Etat prennent leurs responsabilités en permettant pragmatiquement l’ouverture de ce type de salle, dans le cadre d’un programme d’éducation aux risques liés à l’injection, comme cela existe en Suisse, en Espagne ou en Allemagne.
 
Pour ces raisons, nous demandons au maire de Paris de saisir la ministre de la santé pour que cette expérimentation de salle de consommation à moindre risque puisse être engagée dans un cadre expérimental, la Ville de Paris se portant candidate à cette expérimentation, l’Etat créant les conditions législatives et réglementaires permettant de créer ce type de structure nouvelle.
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