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lejpb.com, 29 octobre 2007

​​​​​Supervised Injection Sites: A Bibliography. Updated November 2013

Un réseau international de salles de consommation a été créé à Bilbao

Il aura beaucoup été question de politique de réduction des risques au 8e colloque international “Toxicomanies, Hépatites, Sida”, achevé hier à Biarritz, ayant réuni 650 professionnels des secteurs de la santé. En particulier par la présentation de l'expérience à Bilbao d'une “salle de consommation encadrée”, et par la question des types d'intervention sanitaires dans les milieux festifs, notamment par le testing.

Celina Pereda a ainsi rappelé que ce colloque a été précédé lundi à Bilbao de la création d'un réseau scientifique international de salles de consommation encadrée. Le médecin de l'ONG Munduko medikuak a réaffirmé que “le droit à la santé est valable pour tout un chacun, y compris les toxicomanes”. Ainsi la création en novembre 2003 dans la capitale biscayenne d'une salle de consommation de drogues dites dures, supervisée, “s'est révélée une stratégie efficace pour la réduction des risques et dommages associés à la consommation de drogues dans différents pays”. Si ce type d'expérience médicale a connu des balbutiements à Berne et à Bâle (Suisse) en 1986, la première salle de consommation hygiénique proprement dite a vu le jour à Sydney en 2001, suivi par Genève la même année, puis à Vancouver en 2003. Toutes ont été présentées mercredi à Biarritz.

Le docteur Jose Julio Pardo est revenu sur la longue marche qui a abouti, en plein coeur de Bilbao, à l'ouverture d'un tel équipement. Medikuak avait lancé au début des années 90 des programmes de réduction des risques au sein de centres (tel Hontza) réalisant un accueil et l'échange de seringues pour les toxicomanes à l'image du travail de Médecins du monde dans l'hexagone. Les arguments en faveur d'une structure où le toxicomane s'adonne à son addiction ne manquent pas : améliorer la santé d'usagers en situation d'exclusion sociale, acquérir des habitudes plus sanitaires, utiliser du matériel hygiénique, être au contact d'une population qui s'adresse rarement aux services sociaux, réduire les seringues souillées retrouvées dans la rue, créer des mécanismes qui favorisent la réduction à terme de la toxicomanie.

La salle s'est installée dans un endroit où les toxicomanes se shootaient (station de la gare Concordia), dans un quartier populaire, socialement dégradé, proche du centre-ville. Après de multiples réunions avec les associations d'habitants particulièrement inquiètes d'un tel voisinage, “une difficulté récurrente pour ce type de centres” [à l'image du centre de méthadone à Bayonne finalement installé à l'hôpital, ndlr]. Medikuak a obtenu des médias un silence durant trois mois après l'ouverture. Jose Julio Pardo relate les propos d'un habitant du quartier qui estimait que le projet était un échec complet puisqu'il n'y avait jamais personne. “Peut-être s'attendait-il à voir une queue de toxicomanes devant la salle…” La fréquentation dépasse en tout cas les prévisions du département drogadependencias du gouvernement basque qui tablait sur 600 personnes. En quatre ans, ce sont plus de 1 800 toxicomanes qui sont passés par cette salle. A 85 % des hommes. 87 000 actes de consommation y ont été réalisés (58 600 par intraveineuse, 26 600 par inhalation et 1 800 par sniff). “Et aucun décès en quatre ans” souligne le médecin.

Missions en milieu festif

C'est également l'argument sanitaire qui a été mis en avant dans l'atelier à propos des “interventions de prévention et de réduction des risques en milieu festif”. A la suite des associations d'usagers de drogues qui ont des pratiques dites d'auto-support (améliorer les conditions de prise et la qualité des produits), Médecins du monde a étendu en 1997 son programme d'échange seringue au testing ou RPP, Reconnaissance présomptive des produits, initié en 1990 en Hollande. Au sein des fêtes (essentiellement les technival et rave parties), discrètement, des équipes de Médecins du monde proposaient au festivalier de tester la qualité du produit. Une pratique interdite depuis un décret gouvernemental d'avril 2005. Une décision déplorée par Jean-Luc Pradeille, responsable de la mission rave de Médecins du monde à Bayonne. D'autant que c'est une méthode qui a fait ses preuves, estime son homologue de Marseille Hans Gadelius. Ainsi, le testing peut révéler des résultats stupéfiants : une pilule vendue comme de l'ecstasy (drogue de synthèse, méthylène-dioxy-méthylamphétamine ou MDMA) peut en réalité être de la pierre d'alun, de la nivaquuine (qui à 2 grammes peut être mortelle), du Burinex, de la célestamine… parmi les résultats courants de ces testing.

C'est une des pratiques de la “clinique hallucinée” mise en oeuvre par Médecins du monde dans les festivals. Il y a aussi la gestion des comas (”ce qui est rare”), les petits bobos et les pratiques de “réassurance” lors des bad trips. Ces derniers états de crise, de forte angoisse, “de détresse psychique” provoqués par le LSD, le speed, la kétamine ou même l'alcool, nécessitent une prise en charge particulière décrite par Alexandre Peyre de Médecins du monde-Paris qui, à la différence des usages de la Croix-rouge ou de la Protection civile, ne passe pas par l'évacuation. Il s'agit le plus souvent d'isoler l'usager en crise, de le rassurer, le laisser au calme… puis à la fin de la crise, voire pendant, beaucoup discuter. Moment, en situation de relaxation, conceptualisé comme Chill out.

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