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03 décembre 2014

Sites d'injection supervisée: Denis Coderre, Maire de Montréal, donne son appui

Le projet d'implantation de services d'injection supervisée à Montréal a franchi une étape importante avec l'appui du maire Denis Coderre, qui vient de rédiger une lettre à cet effet aux autorités de la santé.

Le maire a aussi déposé sa lettre expliquant le soutien de la Ville de Montréal au projet lors d'une séance du comité exécutif, mercredi.

Le projet du Centre de santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance et de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal vise à implanter trois lieux fixes et une unité mobile d'injection supervisée d'ici trois ans.

Dès la première année, l'organisme communautaire Cactus offrirait un lieu fixe et une unité mobile devrait couvrir les autres quartiers, a expliqué en entrevue la docteure Carole Morissette, responsable médicale du secteur vigie et protection à la Direction de la santé publique à l'Agence de Montréal.

Pour que le projet puisse voir le jour, cependant, il devra obtenir l'aval du gouvernement du Québec, ainsi qu'une exemption de Santé Canada à la Loi sur les drogues. C'est l'étape de l'approbation fédérale qui semble la plus incertaine.

«Pour ce qui est de la demande d'exemption, c'est extrêmement favorable d'avoir le plus d'appuis possible et c'est très clair qu'un appui aussi clair et aussi important de la part du maire nous apparaît comme étant une étape très, très importante dans le processus de travail. Ça nous donne de la force et de la pertinence au niveau de notre demande d'exemption», a expliqué la docteure Morissette.

Dans sa lettre d'appui, le maire Coderre vante ces services comme étant «une solution efficace» à un «problème de société complexe». Il dit croire qu'ils seront de nature à améliorer «la cohabitation sociale dans les espaces publics», en réduisant le phénomène des injections en public et en diminuant le nombre de seringues souillées qui traînent dans les parcs et les ruelles.

Le maire Coderre souligne également que le Service de police de la Ville de Montréal travaille avec les autorités concernées de la santé et qu'il a offert sa collaboration pour le maintien de l'ordre public.

M. Coderre rappelle aussi que les services d'injection supervisée seront sous la supervision d'infirmières du Centre de santé et des services sociaux Jeanne-Mance, en collaboration avec des intervenants qui travaillent dans des organismes venant en aide à cette clientèle.

La docteure Morissette concède que la bataille n'est pas gagnée auprès du gouvernement fédéral. «On s'attend quand même à ce que le gouvernement fédéral regarde la demande d'exemption et la scrute avec certaines exigences. On sait aussi le positionnement du gouvernement actuellement», mais elle assure que le projet qui a été déposé «devrait répondre en tous points aux exigences du fédéral».

Membre fondateur de l'organisme Cactus, Me Louis Letellier de St-Just s'attendait à cet appui du maire Coderre, puisqu'il avait déjà exprimé son ouverture à ce sujet en campagne électorale. Sa lettre demeure «une reconnaissance officielle qui tombe à point» pour l'organisme, argue-t-il.

Il dit avoir «de bonnes raisons de croire» que Québec va endosser le projet, mais l'incertitude demeure quant aux intentions du gouvernement Harper. «La bataille n'est pas gagnée. On sait qu'on devra franchir le mur qui est érigé actuellement à Ottawa au bureau de la ministre de la Santé» Rona Ambrose, a-t-il concédé.

À Ottawa, on ne s'est pas trop avancé sur la question, même après avoir pris connaissance de la lettre d'appui du maire Coderre.

«La position de notre gouvernement est claire: les collectivités à Montréal méritent un droit de parole également sur l'établissement d'un lieu de consommation supervisée de drogues illicites dans leur voisinage. Nous avons proposé une nouvelle loi rigoureuse qui permettra aux autorités policières, aux élus municipaux et aux résidents d'une collectivité de donner leur opinion avant qu'un permis ne soit accordé à un lieu de consommation supervisée. Un lieu de consommation supervisée de drogues injectables ne devrait jamais être établi sans une consultation préalable de la collectivité en question», a affirmé Michael Bolkenius, attaché de presse de la ministre Ambrose.

Source

Contenu de la lettre 

Madame Patricia Gauthier
Présidente-directrice générale
Agence de la santé et des services sociaux de Montréal
3725, rue Saint-Denis
Montréal (Québec) H2X 3L9

Madame Sylvie Simard
Directrice générale
Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance
155, boulevard Saint-Joseph Est
Montréal (Québec) H2T 1H4

Objet : Soutien de la Ville de Montréal au projet de services d'injection supervisée

Mesdames,

J'ai pris connaissance de votre projet de services d'injection supervisée (SIS) pour la région de Montréal et souhaite exprimer mon soutien à la demande d'exemption du Centre de santé et des services sociaux (CSSS) Jeanne‑Mance et de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (l'Agence) à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances en vue de permettre l'implantation de ces nouveaux services pour certains de nos citoyens.

Les personnes vivant avec un problème de dépendance aux drogues, souvent associé à une précarité sociosanitaire et à l'itinérance, font partie de la toile urbaine de Montréal. Joindre cette population vulnérable et lui offrir les services de santé auxquels elle a droit est une tâche ardue. En ce sens, la mise en place des SIS représente une solution efficace face à ce problème de société complexe. D'une part, ils devraient permettre de minimiser les risques de décès par surdose et d'infection des personnes utilisatrices de drogues injectables. D'autre part, ils auraient pour effet de favoriser une meilleure cohabitation sociale dans les espaces publics en réduisant l'injection en public et en diminuant le nombre de seringues souillées qui sont abandonnées dans nos rues, nos ruelles et nos parcs.

Il me fait plaisir de constater que les inquiétudes émises quant à l'ouverture de ces services dans les quartiers ont été traitées lors de l'élaboration de votre projet en misant sur une offre multisite de services, c'est-à-dire trois sites fixes et une unité mobile. Bien que l'implantation de l'ensemble de l'offre se déploie sur trois  ans, il est entendu que dès la première année, grâce à l'unité mobile, l'ensemble des territoires priorisés sera couvert. Je suis d'avis que ces services contribueront à améliorer la qualité de vie dans ces quartiers.

Je constate de plus que le modèle de SIS privilégié prévoit que le CSSS Jeanne-Mance, un établissement du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) possédant déjà une grande expertise auprès de cette clientèle, portera pour l'ensemble de la région la responsabilité des services. Les SIS seront donc sous la supervision d'infirmières de ce CSSS avec la collaboration d'intervenants travaillant dans des organismes qui œuvrent déjà auprès de cette clientèle depuis plusieurs années. Au plan régional, la Direction de la santé publique de l'Agence assurera la coordination régionale de l'implantation du réseau de SIS, incluant la surveillance et le monitorage de ces services. Le soutien de la Direction de la santé publique de l'Agence nous apparaît être un gage de succès pour cette initiative importante pour la santé des montréalais.

Je me réjouis également que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) travaille avec vous et qu'il vous ait offert son entière collaboration, entre autres, pour le maintien de l'ordre public. Soyez assurées que le Service sécurité incendie de Montréal (SSIM) collaborera, en tant que premier répondant, au suivi de l'état de santé de la population concernée, plus spécifiquement à la surveillance des intoxications mortelles et non mortelles.

La complexité des problèmes vécus par les personnes UDI exige une bonne intégration des divers programmes et services et une excellente concertation entre les partenaires. Collaborer avec le CSSS Jeanne-Mance, l'Agence et les organismes communautaires à l'implantation de SIS à Montréal est une des actions préconisées dans notre Plan d'action en itinérance 2014-2017.

Je vous remercie pour l'excellent travail réalisé dans l'élaboration de ce projet et vous assure de notre entière collaboration quant à l'implantation des SIS.

Je vous prie d'agréer, Mesdames, l'expression de mes sentiments distingués.

Le maire de Montréal,

Denis Coderre
 

SOURCE Ville de Montréal - Cabinet du maire et du comité exécutifRenseignements : Anne Roy, Attachée de presse, Cabinet du maire et du comité exécutif, 514 346-7598 
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