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Rappel...

La distribution de seringues aux toxicomanes dans le cadre de la politique de réduction des risques fait l'objet d'une vive polémique à Sevran (Seine-Saint-Denis).

Le maire de Sevran, Stéphane Gatignon (Europe écologie-Les Verts), a demandé mercredi 24 avril la suspension de la distribution des seringues et l'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France a tenté jeudi de calmer les inquiétudes exprimées face à ce qui est qualifié de "crise des seringues".

L'affaire a commencé lundi 16 avril quand trois enfants se sont piqués avec une seringue usagée qui avait été abandonnée dans la cour de leur école primaire. Ils ont été pris en charge par les services d'urgence et de pédiatrie du centre hospitalier Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et placés sous traitement bithérapique préventif.

L'affaire a repris mardi quand un toxicomane a été vu en train de pratiquer une injection, devant une autre école primaire de Sevran, à l'heure de la sortie "en présence d'élèves, de parents et d'enseignants, créant une vive émotion", a rapporté la mairie dans un communiqué. Puis, mercredi, deux seringues encore emballées ont été trouvées dans deux centres de loisirs.

Le maire de Sevran a alors demandé à la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, "la suspension provisoire de la distribution des seringues" et "un plan d'urgence contre la prolifération des seringues sur notre territoire".

Il a mis en cause la quantité de seringues distribuées par le centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud), géré par l'association First au sein du CH Robert Ballanger, et via un automate situé dans ce même hôpital.

"En 2012, la quantité de seringues écoulées par le distribox (...) a été de 27.000. Pour le seul premier trimestre 2013, ce chiffre dépasse les 9.000 seringues, soit, à ce rythme, près de 37.000 seraient distribuées sur l'année. Les services communaux ramassent actuellement entre 350 et 500 seringues par mois", a indiqué le maire, qualifiant la situation d'"insupportable".

Il a attribué la hausse au trafic de stupéfiants en croissance et à la "politique très active" de prévention de la toxicomanie impulsée par l'ARS au CH Robert Ballanger, qui conduit le Caarud First à distribuer "3.000 seringues par mois".

Les toxicomanes utilisent ensuite ces seringues dans un quartier de Sevran situé entre l'hôpital et la gare RER, a-t-il estimé.

L'ARS a répondu jeudi 25 avril dans un communiqué en estimant que le Caarud et l'automate du CH Robert Ballanger n'étaient pas forcément en cause.

En 2011, ce Caarud a distribué 2.160 seringues, contre près de 27.000 seringues par les trois autres Caarud du département (Montreuil, Saint-Denis et Bondy) et cet automate a distribué 19.500 seringues en 2011, contre 35.000 par les autres automates du département.

De surcroît, le Caarud participe à la récupération des seringues usagées par les automates échangeurs de seringues, et "à l'occasion des activités de maraude qu'il mène dans les quartiers". En 2012, le Caarud First a ainsi récupéré et détruit plus de 11.000 seringues.

Par comparaison, les automates de Paris distribuent 353.000 seringues, rappelle l'ARS.

Elle a tenu aussi à rassurer sur les conséquences sanitaires pour les enfants qui se sont piqués. "Le risque d'infection et de contamination par le VIH ou l'hépatite suite à une blessure causée par une seringue usagée abandonnée est très faible, compte tenu de la faible durée de survie des virus".

"Le suivi médical des trois enfants va se poursuivre pendant les prochains mois, selon le protocole habituel", a indiqué l'ARS dans son communiqué.

"Du point de vue de la santé publique, aucun élément à ce jour ne justifie le développement d'un discours alarmiste inutilement anxiogène pour la population", assure-t-elle.

UN ARGUMENT EN FAVEUR DES SALLES DE CONSOMMATION

Le Réseau français de réduction des risques a vivement critiqué la demande de suspension de distribution de seringues, appelant au contraire à de nouvelles actions sur le terrain, dans un communiqué diffusé jeudi.

La suspension "ne servirait à rien d'autre qu'à augmenter localement le nombre d'usagers porteurs de virus du VIH et de l'hépatite C et à déplacer dans le quartier d'à côté les dommages actuels".

Il plaide au contraire pour des réponses pragmatiques comme "la mise en place de poubelles récupératrices, le développement d'équipes de médiation et de ramassage".

Le Réseau estime aussi que la mise en place de salles de consommation à moindre risque (SCMR), comme celle projetée à Paris pour 2013, serait une réponse intéressante pour accomplir "un premier travail d'éducation avec les usagers les plus en rupture".

"Nous demandons une relance de la politique de réduction des risques avec la mise en place de diagnostiques locaux, l'expérimentation de plusieurs salles de consommation à moindre risque, et le développement du dispositif existant (notamment la médiation) partout ou cela est nécessaire".

PARIS, 26 avril 2013 (APM)





Lettre de Bernard Jomier, Médecin généraliste et maire adjoint du 19e arr. de Paris à Stéphane Gatignon, Maire de Sevran (via Facebook)

Cher Stéphane,

Suite à tes déclarations demandant un "moratoire" sur les programmes d'échanges de seringue, je m'adresse à toi autant comme médecin impliqué depuis longtemps dans la prise en charge des usagers de drogue que comme militant et élu.

En préambule, je veux te redire le respect que j'ai pour tes combats d'élu d'une ville très pauvre de notre région, confronté aux inégalités territoriales, à l'égoïsme et parfois aux leçons de morale de ceux qui sont bien installés dans des territoires beaucoup plus favorisés. Je ne me sens le droit de t'asséner aucun discours d'injonctions : tu as largement démontré ton engagement auprès des populations les plus en difficulté.

Tu sais comme moi d'où vient la politique de réduction des risques, et les combats que nous avons du mener pour faire admettre, au cours des années 90, cette politique. Le 1er acte fort date d'ailleurs d'un peu plus tôt, de 1986, quand une ministre d'un gouvernement de droite, Michele Barzach, a autorisé la vente libre des seringues. La mesure répondait à une situation sanitaire catastrophique : plus de 70% des usagers de drogue se contaminaient par les hépatites et le VIH. Beaucoup en sont morts.

Dans les années 90, le combat s'est poursuivi avec la revendication de légalisation des traitements de substitution. Nous étions une poignée, à Paris, à les prescrire illégalement. J'étais tout jeune médecin et je me souviens parfaitement des visages de celles et ceux que la société prétendait perdus et auxquels ces prescriptions ont permis de retrouver le chemin de leur vie. Je suis encore dans mon cabinet certainEs d'entre eux, qui grace à l'usage de seringues propres et/ou aux traitements de substitution sont en vie et ont maintenant les joies, les peines et les emmerdes de tout le monde.

La politique de réduction des risques forme un tout cohérent. Elle a fini par s'imposer, bien que toujours attaquée. C'est la seule politique qui réponde aux exigences de santé, d'humanité et d'efficacité qu'une société démocratique doit aux usagers de drogue. Aujourd'hui, elle doit franchir un nouveau pas avec l'ouverture de salles de consommation à moindre risque - dites salles de shoot.

J'ai bien compris et entendu qu'il peut y avoir dans ta ville un dysfonctionnement dans le programme d'échanges de seringue. Mais tu ne peux, tu ne dois pas à partir de ce constat, proposer une solution dont la conséquence immédiate serait de réaccroitre le risque de contaminations d'usagers de drogue. On ne peut accepter aucune pause dans ce domaine. Car toute pause se paie cash.

Tu t'es récemment exposé et tu as payé de ta personne pour défendre la situation injuste faite à ta ville.

Là, ce sont des usagers de drogue que tu risques d'exposer.

Je sais que ce n'est évidemment pas ton intention, et que tu as redit aujourd'hui ton engagement en faveur de la politique de réduction des risques.

Continuons à défendre ensemble la cohérence de cette politique dans toutes ses dimensions, et consacrons notre énergie à obtenir l'ouverture de salles de consommation à Paris - et pas une seule; il en faut plus - et sur tous les territoires où c'est nécessaire.

Sois assuré de ma solidarité et de mon amitié.

Bernard Jomier

QUI S'Y FROTTE, NE S'Y PIQUE PAS FORCEMENT

Réduire les risques, c'est aussi prévenir ce qui c'est passé à Sevran et ne pas attendre un incident pour y répondre (dans l'urgence) !

Cette brochure, éditée par l'association LATREV', salledeconsommation.fr et le Réseau Français de Réduction des risques avec le soutien du Conseil Général du Gard et la participation des Laboratoires Bouchara Recordati, s'adresse au grand public et plus particulièrement pour les professions occasionnellement confrontées à des personnes qui consomment des drogues (gardiens d'immeubles, techniciens de surface, employés de voirie, éboueurs, agents de sécurité, commerçants, entrepreneurs, enseignants, forces de police, médiateurs, éducateurs, assistants de service social, infirmiers, etc.).

Elle informe sur les conduites à tenir en cas de difficultés, et tout particulièrement sur les risques de transmission des hépatites B et C et du VIH.

Sommaire :


Ces situations vous interrogent, vous inquiètent ou vous posent problèmes :

· Je trouve une seringue

· Je me suis piqué avec une seringue usagée
· Je suis face à une personne qui consomme des drogues dans une rue, un parking, un hall...
· Je suis face à une personne qui a un malaise
· Des personnes se regroupent régulièrement devant mon commerce, mon immeuble...

Dans cette brochure vous trouverez également :

· Des informations concernant la politique des drogues
· Des informations sur le VIH/SIDA et les hépatites
· Des consignes importantes

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