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lavoixdunord.fr, 10 septembre 2012

Salles de consommation à moindre risque : la (longue) réflexion lilloise

Le fossé se creuse entre des associations de prévention qui réclament des lieux d'injection assistée et des pouvoirs publics qui prennent leur temps pour réfléchir à la question.
 
« Il n'est pire sourd que celui qui ne veut point entendre » : qu'ils prennent appui sur des proverbes, une éducation ou une conviction profonde, les internautes se positionnent pour ou contre les salles de consommation à moindre risque, vilainement appelées ici ou là salle de shoot. Sur la toile, on peut lire : « La surdité n'empêche pas de voir ou d'entendre. Je suis contre les salles de shoot parce que cela ne répond pas à l'objectif de sevrer les toxicomanes. Si c'est l'objectif, on ne lui indique pas un endroit où il peut rencontrer d'autres toxicos et les moyens nécessaires à l'usage de drogues. Le sevrage passe par l'oubli, le renoncement et le refus ».
 
Fin août, le socialiste Jean-Marie Le Guen demandait au gouvernement d'autoriser la création, à Paris, de ces salles d'injection. Blanc seing de la ministre de la Santé Marisol Touraine et bronca policière (Le Figaro du 5 septembre).
 
Sous le beffroi lillois, la réflexion est engagée. Elle l'était déjà en septembre 2010. Il y a deux ans, Marielle Rengot, conseillère municipale déléguée à la santé, marquait d'une pierre blanche « la participation de la ville à une mission d'observation en qualité d'adhérente à l'Association des élus santé publique et territoire ». Dans les rangs de la majorité municipale, on réfléchit toujours.
 
Urgence 

L'urgence, matérialisée à cette époque par des associations comme Spiritek (notre édition du 22 août 2010), est toujours aussi criante. « Des salles de consommation à moindre risque, ça existe déjà à Lille, prévient Karl-Heinz Cerny (le Relais à Roubaix). Bars, boîtes, restaurants sont des espaces de consommation à moindre risque d'une drogue qui est licite. C'est encadré. On ne sert pas d'alcool aux mineurs ou à quelqu'un qui a déjà trop bu. » Avec l'alcool, on a abandonné l'idéal d'abstinence, pourquoi pas avec la toxicomanie ?
 
« Pensée archaïque » 

« On veut un débat public. Il ne faut pas avoir une forme archaïque de pensée. Nous ne sommes pas dans une logique de prosélytisme, glisse Jean-Marie Brunnin (l'Espace du possible à Lille). Une salle de consommation à moindre risque n'ouvre pas pour inciter les gens à se droguer. » Ce n'est pas non plus une zone de non droit où l'on deale, « au contraire dans les pays européens où elles ont ouvert, ces salles permettent, parce qu'elles travaillent en collaboration avec le voisinage et parce que la gestion de leur environnement est différente, d'éloigner les dealers. » L'Espace du possible, ouvert par la Sauvegarde du Nord il y a tout juste vingt-cinq ans à Lille, accueille des jeunes qui veulent couper les ponts avec la toxicomanie. Ici, ni publicité ni enseigne au-dessus de la porte d'entrée : on travaille dans la discrétion. Les lieux d'injections supervisés, tels qu'ils existent en Espagne, en Suisse, en Angleterre (dans certains centres, on peut se procurer de l'héroïne médicalisée) et que l'Espace du possible pourrait encadrer à Lille si les pouvoirs publics donnaient l'autorisation d'expérimentation, ne sont pas destinés au même public.
 
Dans une logique de réduction des risques (sanitaires), ils ouvriraient pour des toxicomanes en grande précarité, éloignés de toutes les institutions.
 
Difficile de les recenser tant ils sont loin du système. « On sait qu'ils sont plusieurs centaines à Lille. » L'association Ellipse, spécialisée dans la réduction des risques infectieux, y distribue chaque année 40 000 seringues par an. Où les ouvrir ? « Je pense qu'en plein centre-ville ce n'est pas une bonne idée. Par respect pour les populations reçues, il faut une certaine discrétion », estime Karl-Heinz Cerny.
 
Marielle Rengot, conseillère municipale déléguée aux questions de santé a été contactée.


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