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Pour des structures d'accueil, de consommation à moindre risque supervisée et à visée éducative

Monsieur Le Premier ministre,
 
Depuis mai 2010, les associations (CAARUD, CSAPA...) [1], les intervenants de terrains (médecins, infirmières, éducateurs, assistantes sociales...) en lien avec les associations de malades, accompagnent des personnes qui font usage de drogues et voient quotidiennement l'environnement dans lequel évoluent ces personnes et les conséquences de telles habitudes, réclament l’ouverture expérimentale de structures d'accueil et de consommation à moindre risque supervisée et à visée éducative (SCMR).
 
Durant l'été 2010, votre prédécesseur a annoncé par voie de presse et avec le soutien de l’ancien Président de la MILDT, la décision d'écarter l'idée d'ouvrir ce type de structure. Cette décision avait alors pris bien des personnes par surprise, à commencer par nous, puisque l'idée d'avoir ce type de ressource fait l'unanimité parmi les experts scientifiques français et étrangers, les addictologues, les professionnels de terrain et même chez les élus locaux.
 
Ainsi, à la lumière de nos connaissances et de notre expérience, nous joignons notre voix à celles déjà entendues afin de réitérer les bienfaits des structures d'accueil et de consommation à moindre risque supervisée et à visée éducative.
 
Les arguments en faveur de l'instauration expérimentale de tels dispositifs ne doivent plus vous être inconnus, mais permettez-nous de les rappeler : éviter la propagation des IST, en particulier le Sida et l'Hépatite C, rejoindre des usagers marginalisés afin de leur offrir d'autres services de santé, dont la désintoxication, éviter les surdoses et les coûts qui y sont associés, réduire la consommation de drogues par injection ou l'inhalation dans les lieux publics, réduire la délinquance, réduire la présence de seringues abandonnées, éviter que les personnes consommant des drogues se retrouvent immédiatement dans la rue.
 
Il y a vingt cinq ans, nous avons fait un pas en avant comme société responsable en instaurant un système de récupération et d'échange de seringues usagées. Bien que cette pratique ait soulevé des questions au début, il s'agit aujourd'hui d'un acquis permettant d'éviter de nombreux incidents en plus de prévenir la propagation d'IST. Il faut maintenant aller plus loin.
 
Est-il nécessaire de vous rappeler qu'aucune société n'est venue à bout des problèmes liés à la drogue par des actions de répression ? Il est donc primordial de mieux nous outiller, en tant que société, pour intervenir dans ces contextes, certes non souhaités, mais réels. En fait, il faut peut-être voir dans ces dispositifs une nouvelle vitrine permettant de mieux comprendre les problèmes et les dynamiques liés à la consommation de drogues. Il s'agit peut-être d'une occasion d'offrir de meilleurs services et de limiter davantage les conséquences liées à la consommation de drogues.
 
Il est important de proposer un modèle de structures d'accueil et de consommation à moindre risque supervisée et à visée éducative adapté à nos réalités. Prenez le temps de venir voir ce qui se passe sur le terrain, de rencontrer les intervenants et les personnes des associations actifs dans ce milieu pour voir la réalité de la situation.
 
Restant à votre disposition et espérant que vous saurez vous saisir de ce dossier, et que vous veillerez à ce que soient protégés la vie de vos concitoyens, veuillez agréez, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de ma plus haute considération.
 
[1]
  • CAARUD : Centres d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction de risques pour Usagers de Drogues.
  • CSAPA : Centres de Soins d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie.
 
Bernard BERTRAND
Expert de la question des SCMR
 
 
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