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Cyberpresse.ca, 05 avril 2011

Piquerie supervisée dans St-Roch: ferme opposition des commerçants

(Québec) Les commerçants de St-Roch s'opposent fermement à l'implantation d'une piquerie supervisée dans leur quartier.

La Société de développement commercial du centre-ville de Québec (SDC), qui les représente, a l'intention de se prononcer contre le projet de l'organisme d'aide aux toxicomanes Point de repères, lors de la consultation publique organisée à ce sujet par le Conseil de quartier de St-Roch, le 14 mai.

«Si on veut développer le quartier St-Roch et qu'on veut y attirer des familles, ce n'est pas le genre de service qui va nous aider», a expliqué lundi au Soleil Stéphane Sabourin, le directeur général de la SDC.

«On n'est pas contre l'idée que les gens qui sont pris avec des problèmes de consommation de drogues reçoivent des services, loin de là, poursuit-il. Mais ces gens-là, ce sont les services d'un hôpital dont ils ont besoin. Alors qu'on installe le service près du bureau de la Direction régionale de la santé publique, qui appuie le projet, et de l'Hôpital Robert-Giffard.»

Réunis mardi dernier, une quarantaine de commerçants membres de la SDC se sont prononcés à l'unanimité contre l'implantation d'un service d'injection supervisé dans St-Roch, indique le président du conseil d'administration, Simon Brosseau. L'idée de faire signer aux commerçants une pétition contre la piquerie supervisée a aussi été évoquée.

Jusque-là discrète dans le débat sur un service d'injection supervisé, la SDC a préparé un dossier comprenant même des vidéos de junkies pour prouver qu'un tel service nuirait au quartier, précise M. Brosseau, qui est également propriétaire du restaurant Les Bossus.

Selon Stéphane Sabourin, la criminalité a augmenté dans les secteurs des villes où se sont établis des centres d'injection supervisée. «Ce n'est clairement pas propice au développement», dit-il.

M. Brosseau tient lui aussi à préciser qu'il n'est pas contre la prévention des infections comme le VIH transmises par les seringues souillées. Mais il estime que l'implantation d'une piquerie supervisée n'est pas la bonne solution. «Le problème, il faut qu'il soit réglé, pas entretenu», dit-il.

Surprise à Point de repères

Le directeur de Point de repères, Mario Gagnon, a été surpris, lundi, par l'opposition de la SDC. «Je dis pas qu'on fait l'unanimité au niveau des commerçants. Mais dans la majorité des cas, j'ai eu aucune opposition directe. Au contraire, les gens disent : parfait, on n'aura pas personne qui va se piquer dans nos toilettes.»  

Point de repères n'a pas encore déterminé l'endroit précis où il veut établir la piquerie supervisée. L'organisme vise d'abord St-Roch, sinon St-Sauveur ou Limoilou. M. Gagnon ignore si le service d'injection serait offert au même endroit que le local actuel de l'organisme, au 225 rue Dorchester. Le site idéal serait à proximité des commerces. «On ne voudrait pas être à côté d'une école et être près des résidents, dit-il. C'est sûr que Charest, Saint-Joseph, des rues hyper-commerciales, ce serait ce qu'il y a de mieux à mon avis.»

Mario Gagnon compte profiter de la consultation publique pour aider son organisme à trouver un lieu qui conviendra tant aux commerçants et aux résidents qu'aux utilisateurs de drogues intraveineuses. «On voudrait avoir le moins de résistance possible», dit-il.

Lundi, le président du Conseil de quartier de St-Roch, Louis H. Campagna, a indiqué au Soleil qu'il avait eu de la difficulté à trouver des groupes ou des individus contre l'arrivée d'une piquerie supervisée dans Saint-Roch et qui étaient prêts à s'exprimer lors de la consultation publique.

Stéphane Sabourin affirme que la SDC y participera, pourvu que le débat soit équitable.«On n'ira pas là présenter notre position si on est seul, et que de l'autre côté, il y a trois groupes qui sont pour les piqueries supervisés, dit-il. On veut que le temps de présentation soit égal de chaque côté.»

Point de repères distribue chaque année 370 000 seringues propres aux 3000 utilisateurs de drogues injectables de la région de Québec. De 10 à 12 % d'entre eux sont porteurs du VIH et qu'environ 70 % sont atteints de l'hépatite C.

Depuis plusieurs années, l'organisme souhaite ouvrir au centre-ville de Québec un local où les utilisateurs de drogues injectables pourraient se piquer de manière plus sécuritaire. Bien qu'il ait reçu l'appui de la Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale, le projet  se heurte toujours à la réticence du ministre de la Santé, Yves Bolduc, qui doute de la légalité du service et de l'appui de la population.

Insite, le seul service d'injection supervisé à être ouvert au Canada, est toujours menacé de fermeture à Vancouver. Le gouvernement fédéral a demandé à la Cour suprême de revenir sur la décision de la Cour d'appel de la Colombie-Bri­tannique, qui avait statué en janvier qu'Insite était un service nécessaire et devait rester ouvert.

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