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sante.lefigaro.fr, 26 décembre 2012

Philippe Goujon : Les salles de shoot ne sont pas utiles

Le député-maire UMP du XVe à Paris, farouche opposant aux salles de shoot, préconise une combinaison d'approches sanitaire, sociale, répressive, judiciaire et éducative.

LE FIGARO - Pourquoi êtes-vous contre les salles de shoot ?

Philippe Goujon - L'objectif des pouvoirs publics doit être de sortir les jeunes de la drogue, et non pas de les accompagner en leur faisant croire qu'ils peuvent se droguer proprement. Ces salles ne sont pas utiles, car l'offre française en matière de réduction des risques est l'une des plus larges au monde. Le nombre de décès par overdose, les contaminations par le virus du sida sont beaucoup moins importants que dans les pays qui se sont dotés de salles de shoot. Parce qu'ici il y a un accès aux traitements de substitution, aux seringues stériles, et plusieurs centaines de centres d'accompagnement. La France consacre environ 350 millions d'euros à la politique de prévention des risques. Ouvrir de telles salles, c'est renoncer à vouloir faire sortir de la dépendance des usagers que l'on considère comme perdus. Ces dispositifs sont aussi un premier pas vers la dépénalisation et la légalisation… Alors que le seul objectif possible est le sevrage. On se rend compte aussi que les salles attirent beaucoup de toxicomanes et de dealers. Et elles ne sont ouvertes qu'aux heures de bureau: or les toxicomanes n'ont pas forcément les mêmes horaires! On ne sait pas non plus quels produits les gens s'injectent… Enfin, ces salles coûtent extrêmement cher: n'y a-t-il pas mieux à faire avec 1 million d'euros par an ?

Pourtant, ces salles existent dans plusieurs États dans le monde et ne sont pas remises en question…

Dans certains pays, il y a un débat… Mais la plupart ont une conception différente de la nôtre. Il y a une conception anglo-saxonne ou d'Europe du Nord des choses, qui dit que l'on peut détruire son corps et son âme, du moment qu'on le fait proprement ou sans embêter les autres. Ce n'est pas la conception latine ! Nous, on veut aider les gens, parfois contre eux, à sortir de la drogue. En outre, ils ont des scènes de la drogue que nous n'avons pas en France, des centaines de toxicomanes dans des microquartiers, qu'ils veulent retirer à la vue de tous. Enfin, ils n'ont pas notre politique de réduction des risques. En France, la prévalence de la consommation d'héroïne est de 1,4 pour 1 000 habitants. En Grande-Bretagne, elle est de plus de 5 et, en Suisse, de près de 6 ! En France, les programmes de substitution concernent environ 60 % des toxicomanes ; en Allemagne, c'est 24 % ! Des conceptions philosophiques, sociétales, différentes mènent à des politiques différentes.

Que préconisez-vous contre la toxicomanie ?

On est plutôt sur la bonne voie pour sortir les jeunes de la drogue, il ne faudrait pas ouvrir les vannes ! Je préconise une combinaison d'approches sanitaire, sociale, répressive, judiciaire, éducative, etc. Il faut renforcer la politique actuelle, qui consiste à réduire la consommation de drogue, et non à l'organiser. Diversifier les dispositifs de prise en charge et de soin. Et viser un public ciblé d'usagers problématiques de drogue, en allant à leur rencontre. Mais avec un objectif, les sortir de la dépendance.

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