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directlille.com, 13 décembre 2012

Pas de salles de shoot

« L'avantage c'est que l'hygiène serait présente mais je préfère le faire à l'abri des regards pour éviter les jugements. ». Vicky (nous avons changé son prénom) est tombée dans le cercle destructeur des drogues dures il y a cinq ans. L'idée d'une salle de « shoot » ne lui déplairait pas mais le fait de le faire « ouvertement » la dérange un peu.

Offrir aux toxicomanes un lieu sûr pour s'injecter leur dose et ainsi réduire les risques d'infection, la transmission des virus (hépatite, VIH) et limiter les overdoses, c'est le souhait de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Pour cela, des salles de consommation à moindres risques, ou « salles de shoot », devraient ouvrir leurs portes à titre expérimental en 2013... Mais pas à Lille.

Pour le CAARUD Ellipse - association qui accueille, accompagne et fournit du matériel de consommation aux usagers de drogues -, avoir une salle d'injection serait « logique et dans la continuité de son action ». Ce qui n'est pas de l'avis de la Ville de Lille qui pour qui il « n'y a pas besoin d'en avoir une ».

Une recrudescence d'usagers

Rendez-vous est pris au sein de la structure d'aide aux usagers de drogues et toxicomanes actifs, au 57, rue Jean-Jaurès à Lille.
À l'entrée, du matériel d'injection, des préservatifs masculins et féminins, du « roule ta paille », des « stérifilts » ou encore des « kits snif » sont disposés dans des bacs à rangement de couleur. Il y a tout ce dont l'usager a besoin, mais contrairement aux salles d'injection, il ne peut pas « consommer » sur place. « Il y a quand même un paradoxe : on nous autorise à donner du matériel stérile et des messages de prévention mais les gens doivent se débrouiller tout seul pour consommer, explique Estelle, éducatrice spécialisée du centre. Certains une fois sortis du centre le font juste en face. La salle de consommation serait une suite logique à ce que nous proposons déjà. Cela réduirait les risques d'infection. » Notamment des abcès causés par manque d'hygiène : les seringues sont en général posées par terre.


Le public accueilli (3/4 d'hommes), du lundi au vendredi, est en situation de grande précarité sociale et a en moyenne une trentaine d'années. « On en reçoit parfois trente ou quarante par jour. L'an passé, nous avons accueilli sept cents personnes contre cinq cents il y a deux ans. Il y a une recrudescence visible. »

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