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Le Quotidien, 05 octobre 2009

La Fixerstuff se dessine à l'horizon

Elle a fait couler beaucoup d'encre et échauffer bon nombre d'esprits. Aujourd'hui, l'heure est à la - relative - sérénité et à la planification d'un projet concret, celui de la construction d'un bâtiment rue d'Alsace pouvant accueillir ce centre pour toxicomanes qu'est la Fixerstuff. De notre journaliste Isabelle Ducreuzet.

On sait combien les toxicomanes ont mauvaise presse auprès de la population. Individus en pleine perdition, les toxicomanes font peur. Et pourtant cette institution, que l'on pourrait qualifier d'humanitaire, a sa place depuis plusieurs années dans la cité au milieu d'une zone urbaine habitée et traversée de part en part par une population qui ne souffre pas des mêmes maux que les visiteurs de la Fixerstuff. Au sein du centre Tox-In, la Fixerstuff de la route de Thionville est aujourd'hui installée dans de simples préfabriqués. Au fil du temps, ils se sont détériorés et ne reflètent pas l'encadrement social et sanitaire habituel qu'offre le Grand-Duché en matière d'institution de service public. Ainsi ces installations en place depuis cinq ans à Bonnevoie n'auront, dans quelque temps, plus lieu d'être car un nouveau bâtiment sera construit dans ce même quartier et plus précisément rue d'Alsace. Une institution qui, rappelons-le, accueille les toxicomanes en provenance de tout le pays. Paul Helminger, bourgmestre de la ville de Luxembourg, souhaite à ce sujet rappeler que cette Fixerstuff relève de la santé publique et qu'ainsi son existence est liée directement aux décisions du ministère de la Santé dans le cadre de sa politique de lutte contre la drogue. La Fixerstuff n'est pas et ne sera jamais une institution municipale. Paul Helminger souligne que ces préfabriqués laisseront leur place à un lycée technique de professions de santé : «Le ministère de la Santé nous a donc informés qu'il avait besoin de ce site. C'est donc à ce moment-là qu'a débuté la recherche d'un autre lieu.»

Une opposition farouche

Aujourd'hui, la construction est prévue rue d'Alsace (emplacement occupé actuellement par les CFL), un lieu décrié par la société Paul-Wurth mettant en cause la proximité de ses employés avec les toxicomanes. «Voilà où nous en sommes et c'est maintenant aux Bâtiments publics de se prononcer. Je crois savoir que les plans sont pratiquement prêts. Mais c'est aussi aux mains de la justice étant donné que le principal réclamant, la société Paul-Wurth, a annoncé qu'elle ferait tout pour que cette construction n'ait pas lieu.» Un conflit qui finira inévitablement devant les tribunaux.

Concernant la décentralisation, demandée par la commune, elle a été décidée en toute logique : «Les toxicomanes ne viennent pas essentiellement de la Fixerstuff. Ils viennent aussi de tout le Luxembourg mais aussi d'une façon plus marginale de la Grande Région. Même si Jean-Paul Schaaf, bourgmestre d'Ettelbruck, stipule qu'il n'y a pas de drogués chez lui. C'est clair puisqu'ils viennent tous à Luxembourg-Ville.»

Par conséquent, le nord et le sud du pays auront prochainement également leur Fixerstuff. L'une sera installée à Esch-sur-Alzette (la ville d'Esch-sur-Alzette n'a pas souhaité communiquer à ce sujet), l'autre dans le nord du pays. Concernant cette installation d'un centre d'injection dans le nord du pays, Mars Di Bartolomeo rejoint dans ses propos Paul Helminger et tient à ajouter que la polémique actuellement en cours et lancée par Jean-Paul Schaaf n'a pas lieu d'être. La lutte contre la toxicomanie est déjà décentralisée avec ses différents programmes et notamment l'implantation de Jugend- an Drogen Hëllef à Ettelbruck: «Je trouve que le débat ouvert il y a quelques semaines par le bourgmestre d'Ettelbruck n'est pas justifié. Il sait très bien qu'il n'y a pas si longtemps, on a retrouvé un cadavre de drogué dans les toilettes de sa gare. Donc dire qu'il n'y a pas de problème n'est pas juste. Je ne veux toutefois pas de polémique. Mais le programme gouvernemental est assez clair et il a été signé par les partenaires de la coalition.»

Le programme stipule que les structures devront être adaptées aux besoins de chaque région. Et le ministre de la Santé, soucieux de vouloir rétablir la vérité, dit : «Ce n'est pas moi qui ai lancé le nom de la ville d'Ettelbruck. On fera les structures là où cela sera nécessaire. Avec Esch-sur-Alzette, on est engagés dans une démarche semblable à celle que nous avons avec la Ville de Luxembourg. Pour Ettelbruck, c'est un speaker de la télé qui a annoncé cela dans une phrase innocente à la suite de ma précision concernant l'implantation d'une Fixerstuff dans la Nordstad.»

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