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cyberpresse.ca, 15 mai 2011

Insite doit rester, estime un commerçant vancouvérois

L'homme d'affaires Mark Brand n'a pas peur des aiguilles. L'entrepreneur est catégorique : le centre d'injection supervisé Insite ne doit pas quitter le centre-ville de la côte Ouest. La survie et la relance du quartier défavorisé en dépendent.

Mark Brand connaît le Downtown Eastside comme le fond de sa poche. Il habite le secteur identifié comme étant le plus pauvre au Canada. Il marche tous les jours sur Hastings, la rue qui effraie les touristes. Il a investi des millions de dollars dans les commerces du coin, sauvant même des institutions en voie de disparaître.

Lorsqu'on demande à cet homme d'affaires prospère de se prononcer sur la présence dans son quartier d'un centre d'injection supervisé, il s'emporte... et défend haut et fort la cause des toxicomanes. «Mon opinion personnelle est très forte, et c'est qu'Insite doit absolument rester. À vrai dire, il devrait prendre de l'expansion», raconte Mark Brand, en entrevue au Soleil.

«Marcher dans le quartier, c'est un défi, dans le meilleur des cas», reconnaît-il. Le Downtown Eastside, où se trouve la seule piquerie légale au Canada, déroute. Les toxicomanes et les sans-abri ne sont pas marginalisés à certains coins de rue; ils y sont parfois majoritaires. C'est le côté sombre de Vancouver, celui qui interpelle tous les politiciens municipaux depuis des années. «Mais c'est une question humanitaire, dont on parle ici. On fait affaire avec des gens qui ont des dépendances très fortes, et ce que procure Insite, c'est un environnement sécuritaire, compréhensif et qui ne porte aucun jugement», soutient Mark Brand.

Ce restaurateur - il ouvre sans cesse de nouvelles adresses dans le coin depuis quelques années - a connu le quartier avant et après l'apparition du centre communautaire. «Depuis 2003, le recours aux drogues dans les rues a chuté de façon draconienne. Comment cela ne peut pas être positif? On parle des toxicomanes comme si ce n'étaient pas des gens. J'habite ici, je loue des commerces ici. Mais c'était leur quartier à eux avant d'être le mien. Il faut respecter ça.»

Mais Mark Brand brasse des affaires. Il tente d'attirer les clients à ses restos et convaincre ses partenaires d'investir dans ce secteur à la réputation controversée. Depuis deux ans, il milite activement pour la création d'une association de gens d'affaires du quartier.

Soutien indéfectible

Or, pour Mark Brand, la relance et le succès du quartier à long terme passent inévitablement par un soutien indéfectible au centre Insite. «Je suis sûr à 100 % que la relance du quartier sera en danger si on ferme le centre. Ça envoie le message contraire de celui dont on a besoin. Des entreprises viennent dans le quartier et sont conscientes qu'on essaie de s'occuper de ce problème. Elles adorent le Downtown Eastside, Gastown. Elles adorent la communauté. Mais maintenant que de nouvelles entreprises débarquent ici, on ne veut plus d'Insite, parce que c'est laid pour nous? C'est le pire message. C'est crucial pour la relance du quartier.»

Quant à la présence accrue de toxicomanes et les conséquences sur le chiffre d'affaires, il n'y croit pas une seconde. Un mythe, assure-t-il. «Ça n'a aucun effet secondaire, sinon celui de protéger les gens. Ça ne nous affecte pas du tout. Ça a affecté le quartier d'une manière absolument positive. Si les gens n'étaient pas à l'intérieur du centre d'injection, en sécurité, ils seraient au coin de la rue, devant mes commerces.»

Comme bien d'autres dans son quartier, il suit activement les recours juridiques entrepris contre le centre d'injection supervisé. Par-dessus tout, il redoute que la peur ne l'emporte dans ce dossier controversé. «C'est une opposition entre l'incompréhension et la peur, et je pense que le gouvernement agit simplement par peur que l'électorat lui reproche d'endosser la prise de drogues.»

Et pour le gouvernement, son message est limpide. «Ce n'est tout simplement pas de vos affaires.»

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