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lejournaldemontreal.canoe.ca, 04 août 2011

Hépatite : On a mis 30 ans avant de le soigner

Atteint de l’hépatite C, Roland Parisien aura attendu plus de 30 ans avant de se faire soigner, par méconnaissance de cette maladie. À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, qui se tient aujourd’hui, il tient à mettre la population en garde contre cette « maladie sournoise ».
 
« Si j’avais su… ». Cette phrase, Roland Parisien la répète sans arrêt. Le Montréalais âgé de 67 ans a été infecté par cette maladie en 1980, à l’âge de 36 ans. Or, c’est seulement il y a quelques années, à l’âge de 63 ans, qu’il s’est finalement fait soigner.
 
« J’ai souffert pour rien pendant des années. J’étais toujours fatigué. Quand je me suis enfin débarrassé de cette maladie, je me suis senti revivre », confie-t-il.
 
Une vie de bum
 
La vie de Roland Parisien semble inspirée du plus fou des scénarios hollywoodiens. L’architecte de formation est parti sur un coup de tête en Asie, à l’âge de 25 ans, à la suite du décès de son frère.
 
Il y restera pendant près d’une vingtaine d’années. Rapidement, l’homme devient un important importateur de drogues dures. En 1979, à l’âge de 35 ans, il se fait arrêter par les autorités thaïlandaises.
 
Trois ans plus tard, il réussit à s’évader, avant d’être emprisonné de nouveau pendant quatre ans. C’est d’ailleurs en prison que Roland Parisien, toxicomane à l’époque, contracta l’hépatite C.
 
« On avait une seringue pour 30 gars », rapporte-t-il.
 
Grâce aux pressions de sa famille et de ses amis, M. Parisien revient finalement au pays en 1987.
 
« Je me sentais vraiment pas bien physiquement. Le médecin, qui connaissait peu cette maladie, n’a pas jugé bon de me traiter. Ça faisait mon affaire, puisque j’avais peur », narre celui qui est abstinent depuis maintenant 11 ans.
 
Depuis qu’il a enfin été traité et qu’il est guéri de cette importante maladie, Roland Parisien est un « homme nouveau ».
 
« Je suis impliqué auprès des Cocaïnomanes Anonymes et je n’arrête pas d’inciter les jeunes à passer des tests de dépistage et à se faire traiter, explique M. Parisien. C’est une maladie pernicieuse qui te tue à petit feu. »
 
Des médecins ignorants ?
 
Alors que le virus de l’hépatite C gagne du terrain à Montréal, le monde médical serait mal équipé pour y faire face, déplore une médecin spécialisée dans les maladies transmissibles sexuellement.
 
« C’est une jeune maladie. Les médecins qui ont obtenu leur diplôme avant les années 1990 la connaissent peu, alors la clientèle est mal servie », déplore la Dre MarieÈve Morin, de la Clinique médicale 1851.
 
Selon cette dernière, plusieurs membres du corps médical ne savent même pas qu’il est possible de traiter l’hépatite C et d’en guérir les patients de façon définitive.
 
Clientèle impopulaire ?
 
« C’est terrible quand on sait que dans 30 % des cas non traités, le patient développe une cirrhose ou un cancer du foie, poursuit-elle. Or, avec les médicaments actuels, et surtout ceux à venir, les taux de guérison sont très élevés. »
 
« Je ne comprends pas pourquoi il y a encore des patients à Montréal qui se font dire qu’il n’y a rien à faire », rage-t-elle.
 
Outre l’ignorance de certains médecins, l’«impopularité» de la clientèle expliquerait aussi l’absence de traitements adéquats.
 
« C’est sûr que ce n’est pas tout le monde qui aime avoir des toxicomanes dans son bureau. Mais, en 2012, il n’y a personne atteint d’hépatite C qui devrait se faire refuser un traitement», martèle Dre Morin.
 
Son plus grand souhait est que cette maladie sorte enfin de l’ombre.
 
« Les gens qui guérissent du virus retrouvent leur énergie, leur santé. Ils commencent une nouvelle vie et, souvent, arrêtent de consommer par la même occasion. »

 
Le virus de l’hépatite C
 
Même s’il existe depuis longtemps, le virus de l’hépatite C n’a été découvert officiellement qu’au début des années 1990. Ce virus cause une inflammation du foie pouvant aller jusqu’à la cirrhose. La transmission survient par l’exposition à du sang infecté, par exemple par le partage de seringues. Les symptômes sont le jaunissement de la peau, la fatigue, des nausées, des douleurs abdominales et des urines foncées. Les personnes infectées peuvent toutefois vivre longtemps sans éprouver de symptômes.
 
En progression à Montréal

Selon l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, le virus de l’hépatite C est en progression dans la métropole. Selon ses données de 2010, 68% des personnes qui s’injectent de la drogue à Montréal sont porteuses du virus et le quart d’entre elles l’ignorent. C’est d’ailleurs pourquoi l’Agence étudie la possibilité d’ouvrir des centres d'injection supervisée, afin de lutter contre cette progression. À l’échelle canadienne, on estime à 300 000 le nombre de personnes infectées.

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