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marsactu.fr, 06 février 2013

Gaudin ne se pique plus de salle de shoot

Alors que le gouvernement a décidé d'autoriser l'ouverture d'une salle de consommation de drogue dans le 10e arrondissement de Paris, le projet marseillais est sur une voie de garage. Le maire Jean-Claude Gaudin, favorable jusqu'ici, a brusquement annoncé qu'il changeait d'avis.


L'information est apparue dans le JDD, à travers les mots du député parisien UMP Jean-François Lamour, interviewé sur l'ouverture d'une salle de shoot dans le 10e arrondissement de Paris. "Lors du bureau politique de l'UMP, mercredi matin, j'ai pris la parole pour évoquer le sujet. Le maire de Marseille s'est empressé de dire que, s'il avait écouté avec attention les propositions de ses propres experts dans un premier temps, il est finalement revenu sur sa première appréciation."

Comprenez, Jean-Claude Gaudin se montre désormais défavorable à l'ouverture d'une salle de shoot à Marseille, après avoir longtemps soutenu le projet. Cela jusqu'en septembre dernier, où il s'était enorgueilli face au micro de LCM d'avoir porté ce sujet, "important puisqu'il concerne la santé de nos concitoyens. Nous avons été les premiers de cette ville à mettre en place la distribution de seringues pour éviter la contamination". Rappelons toutefois que cette volte-face ne constitue pas une première. En 2010, ce n'est que face à l'opposition du premier ministre François Fillon, qu'il avait mis au rancart le projet.

Une spécificité marseillaise

Patrick Padovani, médecin généraliste et adjoint à la toxicomanie, à la tête d'un comité d'experts qui travaille sur le sujet, semble dépité. "J'ai reçu cette nouvelle en pleine figure il y a une semaine. Lancer une politique de santé publique prend des années, pas seulement cinq ans. Cela dépasse les logiques de politique politicienne... Le problème, c'est que Marseille et Paris ne présentent pas les mêmes spécificités, en termes d'usages, d'usagers et de produits. Il existe notamment une déviation des usages du subutex [produit de substitution de drogue - ndrl], également de la rétaline, vendue en pharmacie, ce qui n'est pas le cas à Paris." Et la piqûre constitue un mode d'administration de la drogue particulièrement prisée par les quelques 4 000 ou 5 000 toxicomanes que compte la ville.

Du côté des associations et des experts des salles de consommation, la déception est également notable. Bernard Bertrand, délégué action RDR (réduction des risques) auprès des usagers de drogue estime que "le fait de faire reposer l'expérimentation sur une seule structure, en l'occurrence Paris va rendre les choses plus difficiles, même si des structures à l'international ont déjà prouvé leur efficacité. Nous sommes déçus de constater que le ministère de Marisol Touraine n'a pas retenu Marseille, alors que ce projet était plus avancé que celui de Paris. Cela repousse considérablement le projet."

Trop près des municipales ?

La Mildt (mission interministérielle Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies), sollicitée en octobre dernier par la ministre de la santé Marisol Touraine n'a, en réalité pas encore remis son avis pour les villes de Marseille et de Bordeaux. Cependant l'organisme a estimé que le projet parisien était le plus avancé. Les associations porteuses du projet qui ont émis un communiqué de presse lundi afin de presser Matignon de prendre une décision ne s'attendaient peut-être pas à ce qu'ils perçoivent comme une attitude frileuse. Tous espèrent néanmoins que la Mildt fasse rapidement part de ses conclusions pour les deux villes.

Mais pour Marseille il est peut-être déjà trop tard, la bonne volonté de la mairie faisant partie des conditions au feu vert de l'Etat. Pour l'heure, le maire n'a pas justifié sa décision, mais l'approche des élections n'y est peut-être pas étrangère. En octobre dernier, Patrick Padovani craignait que les municipales viennent polluer le débat : "Il est vrai que le problème des élections municipales va se poser pour tout le monde, à droite comme à gauche [...] Il faudrait que cela se fasse [la prise de décision, ndlr] avant juin, après on sera trop près des aventures municipales". Idée répétée on ne peut plus clairement dans Le Monde, "à huit mois des élections, personne ne s'engagera ni à Marseille, ni à Paris, ni à Bordeaux". Et à treize mois ?

> > > Quand Jean-Claude Gaudin disait qu'il voulait des SCMR à Marseille

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