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cyberpresse.ca, 28 mars 2012

Drogues : le Canada fait fausse route, selon une étude

Le Canada fait erreur en continuant de criminaliser la consommation de drogues et la vente de marijuana, affirme une étude préparée par le British Columbia Center for Excellence in HIV/AIDS qui sera publiée aujourd'hui dans la revue médicale Open Medicine.

L'étude dont Le Soleil a obtenu copie avance notamment que le gouvernement fédéral devrait légaliser la marijuana et ouvrir des centres d'injection supervisée pour les consommateurs de drogues injectables où les besoins se font sentir. Les médecins-chefs de 18 grandes villes canadiennes, dont Québec, appuient les conclusions de cette étude.

Celle-ci a été réalisée en comparant ce qui se fait dans différents pays pour endiguer la consommation de différentes drogues. Les milliards de dollars engloutis au fil des décennies dans la lutte contre la marijuana, dans différents pays du monde, au Canada et aux États-Unis, n'ont pas permis de réduire le nombre de consommateurs de cette drogue, bien au contraire. De plus, le centre d'injection supervisée de Vancouver a permis de diminuer du tiers le nombre de personnes mortes d'une surdose, tout en réduisant la criminalité dans le quartier où ce service se trouve, Vancouver Downtown Eastside.

Directement en prison

La loi C-10, qui fera notamment en sorte d'envoyer en prison des producteurs de cannabis dès leur première offense, coûtera des dizaines de millions de dollars aux provinces canadiennes, qui devront construire de nouvelles prisons.

«Il est temps de voir le problème de la consommation de drogue d'un autre angle, lance le Dr Ewan Wood, un des coauteurs de cette étude. Les vieilles approches n'ont rien donné de concret.»

M. Wood avance que la légalisation de la marijuana permettrait de limiter la vente de stupéfiants chez les mineurs, ce qui n'est pas le cas présentement. De plus, elle ferait en sorte de retirer ce marché lucratif des mains des bandes criminelles. De plus, le gouvernement fédéral pourra taxer le produit et aller ainsi chercher des millions de dollars.

Insite et la sécurité

«En ce qui a trait aux sites d'injection supervisée, cette approche a permis de rendre le quartier Vancouver Downtown Eastside plus sécuritaire et de réduire la propagation du VIH, ajoute M. Wood. Quand on sait que chaque personne séropositive coûtera en moyenne plus de 500 000 $ à la société durant sa vie, notamment en médicaments, on se rend compte que les centres d'injection supervisée peuvent représenter de bons investissements.»

M. Wood rappelle aussi que le centre Insite de Vancouver a permis d'envoyer plusieurs toxicomanes en traitement et, ainsi, de les débarrasser de leur problème de consommation.

«Même les gens de tendances conservatrices devraient aimer notre approche, explique-t-il. On mettrait ainsi moins d'argent dans les prisons et davantage dans le traitement, ce qui serait nettement plus économique à l'autre bout de la ligne. On aiderait ainsi davantage les gens à se débarrasser de leurs problèmes si on traitait la dépendance à la drogue comme un enjeu médical.»

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