Le Parisien, 14 avril 2013

Paris : donnez votre avis sur la salle de shoot

Oui ou non à l'installation d'une salle de shoot à Paris? Les participants au référendum qui se tiendra toute la journée dans un café près de la gare du Nord auront à choisir une de ces deux réponses.

Difficile de trouver sujet plus polémique. La création d'une « salle de shoot » dans la capitale divise les élus de droite comme de gauche depuis 2010, date à laquelle la ville de Paris s'est porté candidate à l'expérimentation.

La demande, rejetée par le Premier ministre de l'époque, François Fillon, farouchement opposé au projet, a été acceptée par le nouveau locataire de Matignon, Jean-Marc Ayrault, en février dernier.

Tous les Parisiens peuvent voter

Une « salle de consommation à moindre risque » (NDLR : la dénomination officielle des salles de shoot) où les toxicomanes « injecteurs » pourront venir se droguer sous surveillance médicale ouvrira donc d'ici quelques mois. L'adresse du local reste secrète, mais il se situera dans le secteur de la gare du nord (Xe) où se concentre une bonne partie de la toxicomanie parisienne. De quoi inquiéter Serge Federbusch (élu apparenté UMP de l'arrondissement concerné), à l'origine du référendum qui se tient aujourd'hui. L'élu d'opposition entend ainsi dénoncer un projet mis en place sans concertation. Sa « votation populaire », qui n'a aucune valeur officielle, s'adresse à tous les Parisiens (sur présentation d'une carte d'électeur ou d'un justificatif de domicile). Le scrutin se déroulera ce dimanche de 10 heures à 18 heures au café le Rapide du Nord, à côté de la gare du même nom.

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Serge Federbusch : Ils seront cantonnés là au lieu de les soigner

« Je suis hostile à l'ouverture d'une salle de shoot. Les toxicomanes seront cantonnés là pour éviter de les laisser dehors au lieu de les soigner. C'est une solution très coûteuse : plus d'un million d'euros. Selon un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, seuls un petit nombre de toxicomanes ont réussi à sortir de leur dépendance grâce à ce genre de structure testée à l'étranger.

L'académie de médecine a, elle aussi, condamné ces expérimentations. Et plusieurs pays ont fini par faire marche arrière. Ils sont revenus à des méthodes plus répressives vis-à-vis des toxicomanes. Personnellement, je crois davantage aux résultats obtenus par les traitements de substitution type méthadone et par les soins prodigués par les structures spécialisées que sont Fernand Widal (Xe) ou Marmottan. Cette salle de shoot risque d'avoir des incidences sur la sécurité. Les toxicomanes n'y viendront que s'il n'y a pas de présence policière aux abords. Or ce quartier est déjà le théâtre de trafics en tout genre. »

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Rémi Féraud : C'est un objectif de santé publique

« Je suis favorable à l'expérimentation d'une salle de consommation de drogue à moindre risque car il s'agit d'abord de poursuivre un objectif de santé publique. Ce lieu doit permettre de réduire les risques de contamination et d'abcès chez les toxicomanes, de les mettre en lien avec les travailleurs sociaux et de leur offrir un encadrement médical. Les expériences à l'étranger font, à mon sens, leurs preuves.

L'autre objectif poursuivi est celui de la tranquillité publique. La présence de toxicomanes dans le quartier de la gare du Nord-Lariboisière crée un sentiment d'insécurité et provoque des troubles qui ont trop duré. Ce n'est pas la salle de consommation de drogue qui va en provoquer davantage. Au contraire, elle apportera des solutions. Et si ce ne devait pas être le cas, nous ne poursuivrions pas l'expérience. En complément, je souhaite également qu'un dispositif policier spécifique soit déployé dans ce secteur. »

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