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Communiqué de presse Réseau Français de Réduction des Risques, 07 octobre 2011

Les salles de consommation à moindre risque, un dispositif en expansion... sauf en France

La Cour Suprême du Canada vient d'ordonner au ministre de la santé de maintenir ouvert le centre d'injection supervisée de Vancouver. Ce jugement va permettre à d'autres villes, comme Toronto, Victoria, Montréal ou Québec, d’installer les salles de consommation qu’elles avaient en projet. Louis Le Tellier, président de Cactus, promoteur d’un des trois sites qui devraient voir le jour à Montréal commente « Cette décision est assurément une victoire pour la santé publique. Elle reconnaît que les manières de faire et d’agir auprès de la clientèle des toxicomanes utilisateurs de drogues injectables doivent évoluer et à tout prix. »

Après le lancement de deux salles d'injection mobiles au Danemark en septembre, ce jugement montre que les salles de consommation sont un dispositif en pleine expansion ainsi qu'un élément indispensable d'une politique équilibrée et raisonnée. Elles viennent répondre au phénomène des scènes ouvertes, produits de la mutation de nos sociétés et de la crise économique. Comme l’a rappelé la Cour Suprême, elles améliorent et sauvent la vie des usagers de drogues et sont un outil de médiation et de pacification dans les quartiers. Leur démarche est fondée sur des données scientifiques probantes, qui devraient guider toute politique de santé publique, notamment la politique concernant l'usage des drogues où les décisions sont trop souvent basées sur une idéologie ou des jugements de valeur.

Des acteurs de la vie politique française, élus des villes de Paris, Marseille, du Havre, de Bordeaux, Lille, Strasbourg, Nancy, Toulouse, se sont engagés de longue date dans ce débat. Mercredi 5 octobre, la Mairie de Paris, le Conseil Régional IDF et Asud, ont invités des personnalités du secteur sanitaire, de la sécurité publique et des élus locaux pour présenter leur expérience des salles de consommation de Bilbao et Rotterdam, ainsi que le chercheur Thomas Kerr en charge de l'évaluation de la salle de Vancouver dont l'utilité vient d'être reconnue par la Cour Suprême du Canada. Ce colloque fait suite au vœu de la mairie de Paris d’ouvrir au moins une salle de consommation, et au vote par le Conseil Régional d’Île de France d'un financement de 300 000 euros pour la première commune à ouvrir une telle salle. Loin du dogmatisme de la guerre à la drogue et de son corollaire la réponse unique « répression-abstinence-sevrage », l'exposé de ces expériences pragmatiques doit aider à préfigurer leur expérimentation en France.

Comme la substitution aux opiacés et les programmes d'échange de seringues se sont imposés en leur temps, les salles de consommation à moindre risque trouveront leur place dans le dispositif français. Ce n'est qu’une question de temps. Après les élections présidentielles et législatives, le nouveau gouvernement, quel qu’il soit, devra en prendre la mesure, et mettre en place les conditions nécessaires à l'expérimentation de ces salles de consommation à moindre risque.

En conclusion, Louis le Tellier, nous rappelle « La Cour Suprême du Canada, à l’unanimité a statué que le droit à la vie l’emporte sur des politiques mesquines et biaisées qui le mette outrageusement en péril ». La France, pays des droits de l’homme, pourrait s’en inspirer...
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