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ruefrontenac.com, 18 avril 2011

Cactus Montréal reporte l'ouverture de son site d'injection supervisée

Malgré une nouvelle étude favorable aux sites d’injection supervisée qui établit que le centre Insite de Vancouver réduit de 35 % la mortalité des utilisateurs de drogues injectables, Cactus Montréal reporte l’ouverture de son site initialement prévue pour cet été.
 
« Nous voulons nous assurer que le projet sera une réussite lorsqu’il sera lancé. Nous souhaitons un appui clair des acteurs politiques, mais surtout du milieu local pour s’assurer que le projet sera accepté de tous et que nous conserverons une bonne relation avec notre voisinage », explique à Rue Frontenac le responsable de l’organisation communautaire de Cactus Montréal, Jean-François Mary.
 
L’organisme avait annoncé en novembre dernier son intention d’ouvrir un site d'injections supervisées dès juin 2011 dans ses locaux situés à l’intersection des rues Sanguinet et Sainte-Catherine, en plein centre-ville de Montréal, malgré l’absence d’appuis politiques. À moins de revirement de situation, l’ouverture est donc remise à l’automne, voire à l’année prochaine.
 
Cactus Montréal croit que cet « appui clair » pourrait venir des suites du jugement de la Cour suprême du Canada qui doit se pencher sur la légalité du centre Insite. Le plus haut tribunal tient le 12 mai prochain une audience sur la pertinence de garder le site britanno-colombien ouvert. Cactus Montréal est au nombre des intervenants.
 
« Nous allons présenter la position que nous défendons depuis des années. Les sites d’injection supervisée diminuent la morbidité, la transmission de maladies et la mortalité par surdose. Et ils n’entraînent pas de hausses de criminalité dans le quartier », affirme M. Mary.
 
Étude dans The Lancet
 
Une étude publiée lundi dans la revue The Lancet vient appuyer les dires de Cactus Montréal, mais également d’autres organismes communautaires et instances en santé publique.
 
Des chercheurs canadiens ont analysé le taux de mortalité des utilisateurs de drogues injectables avant l’ouverture du centre Insite de Vancouver – le seul centre du genre au pays – à celui prévalant après dans un rayon de 500 mètres autour du centre ainsi que dans le reste de la ville.
 
Résultat ? Les chercheurs ont observé une diminution significative de 35 % du nombre de surdoses fatales autour du centre. Ailleurs à Vancouver, cette réduction a été 9,3 %.
 
Dans un commentaire éditorial, la revue britannique affirme que ce genre de programme devrait être instauré dans d’autres villes canadiennes puisqu’il peut sauver des vies.
 
« Cette étude est intéressante parce qu’elle est canadienne et qu’il y a un débat sur la pertinence de garder le site de Vancouver ouvert, mais elle n’est pas une surprise en soi. Elle confirme ce que d’autres études ont établi par le passé », commente M. Mary.
 
Fait à noter, cette étude est publiée à moins d’un mois des audiences de la Cour suprême. Elle survient aussi en pleine campagne électorale alors que le gouvernement Harper s’oppose au programme et tente toujours de faire fermer le site. Toutefois, compte tenu des procédures de publications des revues scientifiques voulant qu’un article soit soumis pour des fins de révision plusieurs mois à l’avance avant d’être publié, on ne peut y voir que le fruit du hasard.
 
En attente d’appuis politiques
 
Cactus Montréal croit que la Cour suprême rendra d’ici la fin de l’automne une décision favorable. Les sites d’injection supervisée sont de compétence provinciale, et qui plus est, la Cour suprême de la Colombie-Britannique a déjà statué qu’Insite était un service nécessaire et que sa fermeture serait inconstitutionnelle, rappelle Jean-François Mary.
 
Une décision favorable du plus haut tribunal du pays pourrait permettre de gagner des appuis politiques au Québec, croit M. Mary. Le ministre de la Santé Yves Bolduc a déjà affirmé par le passé être opposé à subventionner directement un tel centre au Québec, sans toutefois vouloir les interdire.
 
« Nous suivons l’évolution du dossier et nous préférons attendre avant de se prononcer davantage sur le sujet », indique son attachée de presse Natasha Joncas-Boudreau, qui rappelle que le gouvernement investit annuellement 80 M$ en aide et en prévention à la toxicomanie.
 
L’Institut de la Santé publique du Québec de même que l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal se sont déjà prononcés en faveur d’un site d’injections supervisées. Cette dernière mène présentement une étude de faisabilité et Cactus Montréal affirme vouloir également attendre ses premiers résultats pour « bien faire les choses ».
 
D’ici là, Cactus Montréal poursuivra ses interventions de rue auprès des usagers de drogues par injection en distribuant du matériel stérile d’injection. Mais pour Jean-François Mary, il faudra tôt ou tard aller plus loin.
 
« L’aménagement d’un site d’injections supervisées par un personnel infirmier hors des lieux publics et sans craindre les policiers permettrait de pousser plus loin nos interventions. Et cela serait un plus pour la santé et la sécurité publique », soutient-il.
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