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03 mars 2015

Drogues : Bordeaux attend sa salle de consommation

La Ville de Bordeaux est sur les rangs pour expérimenter une « salle de shoot », permettant de réduire les risques liés à la consommation de drogues. Les deux opérateurs pressentis doivent attendre l’entrée en vigueur de la loi Santé, qui arrive bientôt au Parlement.

A l’occasion du renouvellement d’une convention pour la maintenance de deux appareils échangeurs récupérateurs de seringues, le conseil municipal de Bordeaux a confirmé sa volonté d’expérimenter une salle de consommation de drogues à moindre risque, plus couramment appelée « salle de shoot ».

Alain Juppé a été successivement interpellé sur ce sujet par l’élue Front national Catherine Bouilhet, qui dénonce ce projet, et par Michèle Delaunay, l’ex ministre socialiste saluant au contraire le fait que le maire de Bordeaux fut un des premiers en France à accepter qu’un tel dispositif soit testé dans sa ville.


« Nous attendons toujours que l’État et les services compétents prennent contact avec nous » pour définir les contours de cette expérimentation, leur a répondu Alexandra Siarri, adjointe en charge de la cohésion sociale et territoriale.

Si le principe de ces salles figure dans le projet de loi Santé, prochainement examiné au Parlement, les détails du projet restent en effet encore à préciser. On sait simplement que ce dispositif sera déployé dans les villes volontaires (dont Paris, Marseille et Bordeaux) et pour une expérimentation de 6 ans.

Une centaine de « salles de shoot » existent dans le monde, principalement en Europe (Suisse, Allemagne, Espagne…), au Canada et en Australie, avec des effets très positifs. Les toxicomanes y sont supervisés dans leur prise de drogue par des professionnels, ce qui permet, en assurant de bonnes conditions d’hygiène, d’éviter les risques infectieux (VIH, hépatites), les comportements à risques et les overdoses mortelles.

Deux projets à Bordeaux

A Bordeaux, deux opérateurs se sont positionnés pour cette expérimentation : La Case, association fondée par Médecins du Monde pour la prise en charge de personnes présentant des problèmes d’addiction, et dont les locaux sont situés rue Saint-James ; le  Comité d’étude et d’information sur la drogue (Ceid), propose de son côté un dispositif ambulant, une camionnette  qui irait à la rencontre des toxicomanes, dans les squats éloignés du centre-ville.

« Le local de la rue Saint-James n’est pas adapté », a toutefois répété Alain Juppé en conseil municipal, soulignant la vocation commerçante du quartier de la Grosse Cloche, et la proximité du lycée Michel Montaigne. Le maire défend une installation de cette salle au sein de l’hôpital Saint-André :


« On me dit que les populations de toxicomanes ne viendront pas en milieu hospitalier, mais Saint-André va évoluer vers des activités d’hôpital de jour ».

Toutefois, selon Alexandra Siarri, « rien ne se fera sans échange avec la population et les riverains. C’est aujourd’hui délicat car nous n’avons pas de détails sur le projet du gouvernement ».

La loi devra en effet instaurer une exception au régime en vigueur en France, qui interdit la détention et la consommation de drogues (autres que l’alcool et le tabac).

« Pas une incitation à la toxicomanie »

Auditionnée l’an dernier par les députés, Danièle Jourdain Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), rappelait toutefois que les salles de consommation à moindre risque, « s’inscrivent dans un parcours de soins, mais aussi d’insertion, en encourageant les personnes, qui ne fréquentent jamais ce type de dispositif, à y venir. À Vancouver, ont été ouvertes successivement une salle de consommation, une salle de réduction des risques, puis une salle de sevrage. Il s’agit donc d’un réel parcours, loin de la banalisation et la légalisation. »


« Ce n’est pas une incitation à la toxicomanie, mais des soins délivrés contre un fléau de santé publique, à l’attention de gens qui font une démarche pour être accompagnés et s’en sortir », a renchéri Alexandra Siarri.

En ayant échangé plus de 500 000 seringues depuis 1999, les échangeurs distributeurs de la rue Jean-Burguet et du cours du Médoc ont en tous cas démontré l’utilité sanitaire d’une implication des pouvoirs publics. La Ville de Bordeaux a donc renouvelé ce lundi son engagement dans l’implantation, la maintenance et la gestion des déchets des deux nouveaux appareils, financés par l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).

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