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lemonde.fr, 08 décembre 2012

A Paris, les élus confiants dans l'adhésion des habitants

Voilà à quoi cela ressemblerait : huit postes pour l'injection, quatre pour l'inhalation, de 150 à 200 passages par jour, huit infirmiers et éducateurs, et des vacations de médecins et d'assistants sociaux. Un refus des mineurs, des personnes en état d'ébriété, trop agitées ou déjà sous drogue. C'est le projet parisien de salle de consommation à moindre risque, développé par l'association Gaïa-Paris avec Médecins du monde. Après la fin de non-recevoir du gouvernement Fillon, en 2010, pour expérimenter ces salles, elle l'avait mis de côté. Le voilà relancé. Lundi 10 décembre, le conseil de Paris devrait voter une subvention de 38 000 euros pour Gaïa -dans la perspective d'une autorisation en 2013, par le gouvernement, de l'ouverture d'une salle dans la capitale.

L'objectif est triple, détaille Céline Debaulieu, coordonnatrice du projet: "Améliorer l'accès aux soins et le suivi social des usagers les plus précaires, permettre un accompagnement du risque lié à l'injection [abcès, overdose, transmission du virus de l'hépatite C...] et réduire les nuisances publiques." Le projet veut aussi servir de "centre de ressources", quand des intervenants devront être formés si plusieurs salles ouvraient en France.

Paris semble la ville la plus assurée de participer aux expériences-pilotes, même si l'opposition UMP y est très hostile. Le conseil de Paris avait déjà émis un vœu en ce sens, il y a deux ans. Les usagers de drogues dits "problématiques" sont environ 2 200, dont 1 700 à 1 800 autour des gares du Nord et de l'Est. Principalement des hommes, de 35 ans en moyenne, souvent SDF, sans ressources, sans "Sécu", voire sans titre de séjour. Beaucoup viennent d'Europe de l'Est. Ils fument du crack, ou s'injectent un médicament qu'ils détournent, le skenan (sulfate de morphine), moins cher que l'héroïne.
"Tout le travail de santé publique a été fait, c'est le reste qui doit l'être maintenant", dit Thomas Dusouchet, coordonnateur de Gaïa-Paris. Les déclarations de la ministre de la santé, Marisol Touraine, sont une bonne nouvelle pour l'association, mais "sereins, on le sera quand on aménagera les locaux et qu'on aura le budget pour recruter l'équipe".


PROJET D'ÉQUIPE MOBILE

Tout a été réglé, sauf la question du lieu. Bertrand Delanoë a déjà précisé que ce serait dans le quartier de la gare du Nord. "La chose la plus importante, et cela a été le cas dans tous les pays où des salles d'injection ont été créées, c'est qu'elles se trouvent là où il y a des scènes de consommation, car on sait que ce type de population ne se déplacera pas", explique Stéphane Bribard, conseiller (PS) du 10e arrondissement, chargé de la jeunesse et de la prévention. La logique veut donc que ce soit proche des gares du Nord et de l'Est. Sur les 30 distributeurs de seringues de la capitale, trois des quatre plus gros sont dans le quartier. La consommation puis l'abandon de seringues y sont fréquents dans les squares, les parkings, les toilettes publiques, les halls d'immeuble. Des tentatives d'intrusion dans l'hôpital Lariboisière ont même eu lieu depuis peu.

La question des nuisances est évoquée depuis plusieurs années dans les conseils de quartier, comme l'éventualité de l'ouverture d'une salle. Le sujet est parfois abordé avec la police, habituée à adopter une attitude particulière autour des bus de distribution de méthadone, un produit de substitution à l'héroïne. "Nous sommes confiants dans la capacité d'un grand nombre d'habitants à accepter une expérimentation. Les gens qui vivent là voient bien que ce qui existe n'est pas suffisant et que la politique sécuritaire ne peut pas tout régler", résume M. Bribard. Même s'il reconnaît qu'il y a "toujours trois ou quatre personnes qui s'opposent au principe de transiger avec la drogue".

Une chose est sûre : pour réduire les risques de cristallisation sur une adresse, mieux vaudra éviter tout immeuble d'habitation. Un projet d'équipe mobile fait aussi partie des réflexions, pour toucher des toxicomanes dans d'autres quartiers parisiens.

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