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europe1.fr, 19 septembre 2013

Nouveau Plan de lutte contre la drogue et les conduites addictives : Une ou deux nouvelles salles de consommation ! 

Une ou deux nouvelles salles de consommation !
Un comité interministériel doit valider jeudi soir un plan de lutte contre la drogue et les conduites addictives. On vous le présente.


Le rendez-vous. Le gouvernement lance l'offensive contre le trafic et l'usage des drogues. Un comité interministériel rassemblant Vincent Peillon (Education), Manuel Valls (Intérieur), Marisol Touraine (Santé) autour du Premier ministre Jean-Marc Ayrault va se tenir jeudi soir à Matignon. L'objectif : assécher le commerce et la consommation des drogues, dures comme l'héroïne et le crack, douces comme le cannabis, mais aussi des produits autorisés, comme l'alcool et le tabac. C'est tout l'objet du plan contre "la drogue et les conduites addictives", élaboré par la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies), que doivent valider les ministres jeudi.

>> Que prévoit ce plan ? Europe1 a pu le consulter en avant-première :

Premier point : le cannabis. La clé de voute du plan sur ce sujet, ce sont les Consultations Jeunes consommateurs (CJC), des cellules de consultations anonymes et gratuites, rattachées à des structures médico-sociales (CSAPA) et composées de professionnels de la santé. Pas moins de 400 existent déjà en France, mais elles sont pour l'instant quasi inconnues. L'idée consiste à ouvrir grand leurs portes, même aux petits amateurs de joints, qui commencent à peine. Il s'agit également d'aller chercher les consommateurs là où ils se trouvent : à l'école, dans les cafés etc. et de leur dire : on va vous éviter de tomber vraiment dans l'addiction.

Pour les cas les plus désespérés, on proposera même, dans certaines CJC, des thérapies familiales. Cette approche, qui a fait ses preuves aux Etats-Unis, consiste à faire venir devant des professionnels de santé un adolescent consommateur de drogue, avec sa famille, pour leur faire comprendre ce qui ne va pas et les aider à abandonner la drogue.

Deuxième point : l'alcool. Détecter et repérer les addictions plus vite et plus tôt, ça vaut aussi pour l'alcoolisme. Un adulte français sur dix boit trop, entre trois et sept verres par jour, selon la Mildt. Le gouvernement veut donc modifier le code du travail pour limiter la consommation d'alcool sur le lieu de travail. Et pour les jeunes, l'idée est de transmettre à tous les professionnels de santé et tous ceux qui sont en contact avec eux à un petit questionnaire pour leur permettre de repérer les consommations excessives. En quelques minutes, un médecin ou une infirmière doit pouvoir détecter un cas avec ce questionnaire. Enfin, une campagne de communication sera lancée.

Favoriser la prévention à la sanction. L'autre grande idée de ce projet, c'est de ne pas taper sur celui qui fume ou boit trop, mais de l'aider à consommer moins. Concrètement, pour les drogues dures, cela devrait passer par l'ouverture de deux salles de shoots supplémentaires, après celle de Paris. Pour le tabac, le gouvernement prévoit d'expérimenter des campus universitaires entièrement non-fumeurs, la promotion de la cigarette électronique et le remboursement intégral des substituts nicotiniques pour les femmes enceintes et les moins de 25 ans.


Un nouveau plan gouvernemental centré sur la prévention

Mieux prévenir les consommations addictives des jeunes, renforcer la lutte contre les trafics de drogue en l'adaptant aux évolutions technologiques: le gouvernement a dévoilé jeudi son nouveau plan de lutte contre la drogue et les conduites addictives.

Ce plan, présenté en conseil interministériel autour du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, s'étend sur cinq ans (2013-2017). Il est "très orienté sur la prévention sanitaire, notamment en direction des jeunes", a expliqué à l'AFP Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), qui a préparé le plan. "Rares sont les jeunes de 17 ans qui à cet âge n'ont expérimenté aucun des trois principaux produits que sont l'alcool, le tabac et le cannabis", souligne-t-elle.

"Sans discours moralisateur contreproductif"

Pour y faire face, elle veut valoriser les consultations jeunes consommateurs (CJC), animée par des professionnels de la santé, qui accueillent les jeunes de moins de 25 ans, évaluent leur consommation addictive et les aident à y mettre fin. Ces CJC, au nombre de 400 sur le territoire, restent pour l'instant assez méconnues.
"L'idée est de faire en sorte que les professionnels de ces consultations aillent vers les jeunes et leurs parents", dans les écoles, les lycées, les centres de formation, les foyers de jeunes travailleurs, les missions locales, précise Mme Jourdain-Menninger.

Insistant sur un repérage le plus précoce possible, le plan prévoit de développer la formation de tous ceux qui interviennent auprès des jeunes, mais aussi de développer sur les réseaux sociaux et "dans les langages qu'ils comprennent" des campagnes de communication "sans porter un discours hygiéniste ou moralisateur dont il est établi qu'il est contre-productif".

"Quit the shit" en 50 jours

Autres populations ciblées, les femmes enceintes, qui renoncent parfois aux soins de peur d'être stigmatisées par leur consommation, et les personnes très éloignées des dispositifs d'aide, pour qui doit se développer encore davantage un travail de proximité.

Face à l'évolution des comportements addictifs, la Mildt veut développer de "nouvelles stratégies thérapeutiques", comme le Repérage précoce et intervention brève (RPIB), pour réduire les consommations excessives d'alcool, très fréquentes notamment chez les jeunes, ou" Quit the shit", programme allemand de sevrage cannabique en ligne, sur 50 jours.

Politique pénale 'ni complaisante, ni laxiste" 

En matière pénale, conformément à la position affichée par le gouvernement, "on ne va ni revenir sur la loi de 1970, ni sur la dépénalisation du cannabis. Les gens ne comprendraient pas alors qu'on sait que les effets du cannabis sur le cerveau, notamment des jeunes, sont très destructeurs", rappelle Mme Jourdain-Menninger.

Mais elle insiste sur "une politique pénale adaptée, ni complaisante, ni laxiste", avec une "articulation santé-justice", qui peut passer par les CJC (en cas d'injonction thérapeutique) ou des stages de sensibilisation, lesquels sont jusqu'à présents "très inégaux" sur le territoire et doivent être remis à plat.

Surveillance d'internet

Pour contrer les trafiquants, qui "explorent de nouvelles routes et de nouveaux vecteurs d'acheminement des produits" (par voie maritime ou par internet, par exemple), la Mildt s'adapte également: expérimentation (déjà en cours) des amendes douanières pour les acheteurs de drogue, intensification de la surveillance sur internet, financement de matériel de pointe pour détecter les nouvelles drogues de synthèse, renforcement de la coopération européenne.

Face aux développement des cannabiculteurs, le plan prévoit de "couper court aux idées reçues sur les vertus bio du cannabis issu de ces cultures", mieux informer le grand public sur l'existence d'"usines à cannabis" aux mains de réseaux criminels et intensifier la surveillance des canaux d'accès à la production locale (achat de graines, etc.).

Enfin, "il nous faut changer notre regard sur les consommateurs de produits stupéfiants, sans complaisance mais avec compréhension", souligne Mme Jourdain-Menninger, qui entend faire de la future "salle de shoot", qui doit voir le jour en novembre à paris, un outil de "médiation sociale".
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